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      Les jeunes ne sont pas assez reconnus comme acteurs
      Posté le Dimanche 28 juin 2009 @ 12:00:21

    Visiteur écrit " ::
    "Les jeunes ne sont pas assez reconnus dans nos pays
    comme des acteurs à part entière,
    à qui on confie des projets"


    J'ai retrouvé par hasard une interview du professeur Xavier Pommereau réalisée pour le site www.curiosphere.tv mais qui ne s'y trouve plus... En voici des extraits.


    Xavier Pommereau est médecin psychiatre et directeur du Pôle aquitain de l'adolescent au centre Abadie, au CHU de Bordeaux


    Qu'est-ce qui vous a incité à créer un service dédié aux 8-13 ans ?
    On assiste actuellement à un rajeunissement de la population en souffrance, qui se signale par des premiers troubles graves dès l'âge de 13/14 ans. Quand j'ai ouvert en 1992 l'unité pour les jeunes suicidaires, la moyenne d'âge était de 17 ans. Il s'agissait surtout de jeunes lycéens ayant fait des tentatives de suicide.
    A l'heure actuelle, la moitié de ce service est représentée par des jeunes de moins de 15 ans. Et cette tendance est générale. Avant, à 13 ans, on avait le plus souvent des jeunes issus de milieux très défavorisés qui pétaient un câble parce qu'on les surprenait en train de faire un shoot dans une cave... Les tableaux étaient extrêmement typés.
    Maintenant, nous recevons des ados issus de tous les milieux sociaux. Pas seulement des milieux défavorisés ni de l'immigration. J'insiste, car les clichés sur le sujet sont tellement durables. La souffrance et le vrillage de l'adolescence peuvent vraiment concerner tout le monde.

    Comment expliquez-vous cette évolution ?
    Les troubles évoluent avec les sciences, les techniques, les mentalités, les modes de vie. On a toujours un peu les symptômes que l'on mérite. Dans une société de l'apparence, où l'image est extrêmement importante, dans une société de l'opulence alimentaire, de la consommation tous azimuts, le confort matériel sans précédent que connaissent les jeunes contraste avec l'inconfort qu'ils éprouvent sur le plan de leur identité.
    Du coup, pour se sentir exister, pour se doter d'une identité à part entière, ils sont obligés de trancher dans le vif de leur chair ou de leur relation à autrui. Ils nous renvoient en pleine figure le fait que c'est bien joli de les gaver, comme ils disent, mais en même temps, ça ne fait pas exister.
    On ne les reconnait pas assez pour ce qu'ils sont en tant qu'individus, en tant que jeunes qui ont des projets, qui ont envie de créer. On est tout le temps en train de les entourer, les envelopper, les cocooner, etc. Mais eux, ils ont aussi envie qu'on les reconnaisse autrement. Certains poussent alors le bouchon très loin en se déchirant au sens propre et au sens figuré.

    Dans ce cas, les parents ont de quoi être désorientés...



    Les parents sont très démunis. C'est pour cela que nous organisons des groupes de parents car nous sommes convaincus que la plupart d'entre eux ont besoin qu'on les aide, plutôt que de toujours les accuser d'être de mauvais parents. Il ne faut pas du tout les rendre coupables du mal-être de leur enfant, ils sont perdus, ils ne savent pas comment faire, d'autant que les mentalités évoluent très vite, l'internet, les blogs, ça les dépasse...

    Quels sont les projets à venir pour le Pôle aquitain de l'adolescent ?
    Nous aimerions mener une action en direction des obèses, plutôt dans le cadre d'une hospitalisation de jour. L'obésité est devenue un problème majeur chez les jeunes. Un ado sur 4 est en surpoids ou obèse. Il faut absolument faire quelque chose. Nous aimerions aussi ouvrir un groupe de parole en externe pour les jeunes qui se scarifient et font des crises de boulimie car parmi les troubles les plus courants en ce moment, on trouve les scarifications et les crises de boulimie avec vomissements provoqués. Ces troubles augmentent de façon incroyable.


    Les dispositifs actuels existant en France pour venir en aide aux ados en souffrance vous semblent-ils suffisants ?
    Les dispositifs actuels sont insuffisants. Selon moi, la moitié des Maisons des ados ne sont pas dignes de ce nom. Bien sûr, c'est mieux que rien et je ne dis pas que ce qu'elles font est indigne... Mais elles n'ont pas les moyens.
    La moitié d'entre elles n'ont pas de lits pour accueillir les jeunes qui vont mal. Or avant de voir un jeune en consultation, il faut pouvoir l'accueillir, l'évaluer. C'est bien d'avoir une Maison des ados par département - c'est toujours l'idée que j'ai soutenue et elle est en train de se réaliser -, sauf qu'il y a Maison des ados et Maison des ados ! Celles qui ont des dispositifs pouvant à la fois accueillir en consultation et hospitaliser éventuellement ceux qui en ont besoin, me semblent beaucoup plus proches de ce dont a besoin que les autres.


    Y a-t-il des spécificités françaises au problème des ados en souffrance ?
    De la même manière que les difficultés économiques se sont mondialisées, les problèmes des ados dans la plupart des pays plutôt riches sont exactement les mêmes. La façon de s'alcooliser des jeunes norvégiens, des jeunes anglais ou des jeunes français est actuellement identique. Tout le monde fait du "binge drinking" le samedi soir...
    Donc il faut essayer de comprendre ce qui se passe, il faut trouver des réponses et cesser d'avoir des positions seulement franco-françaises. Ces phénomènes relèvent à la fois du psychologique et du sociologique, les deux sont liés. Les jeunes ne sont pas assez reconnus dans nos pays comme des acteurs à part entière, à qui on confie des projets...
    On est trop dans une sorte d'assistanat infantilisant. On ne leur fait pas assez confiance, on ne discute pas assez avec eux. Les jeunes ont besoin d'aimer, de ressentir des trucs, de passer du temps ensemble, de rigoler entre eux, ils ont besoin qu'on arrête un peu de leur prendre la tête. Or dans une société de consommation dominée par le règne de l'argent, il n'y a aucun sentiment véritable...


    C'est notre mode de vie qui est en cause ?
    C'est la manière dont nous, adultes des pays riches, nous pensons l'avenir de nos enfants. Le samedi soir, ces jeunes qui se déchirent, ils ont envie d'oublier toute cette grisaille, tous ces adultes qui leur disent que tout est foutu, que c'est la crise... Le samedi soir, ils ont envie de se "déchirer la tronche" pour ne plus y penser. Parmi eux, il y a ceux qui arrivent encore à se tenir parce qu'ils n'ont pas besoin d'aller jusqu'au coma éthylique, parce qu'ils ont des ressources, un copain/une copine, et que ça ne va pas si mal que ça...
    Et puis il y a les 15 % qui vont mal et qui ont des raisons supplémentaires d'aller mal, parce qu'ils ont des soucis personnels, des conflits avec leur famille. Ceux-là vont aller plus loin que les autres dans la déchirure et la rupture... Ce sont ceux-là que l'on va retrouver à 4 heures du matin complètement ivres parce qu'ils sont allés trop loin.


    15 % de jeunes vont très mal. Est-ce une proportion qui augmente ?
    C'est difficile à dire car on manque de repères par rapport au passé. L'impression qu'on a est qu'au cours des 15 dernières années, ce n'est pas tant le pourcentage qui a forcément augmenté. En revanche, cela concerne les jeunes de plus en plus tôt, c'est une certitude.
    Et cela concerne autant les garçons que les filles. Simplement, ils ne présentent pas forcément toujours les mêmes troubles.
    Les garçons sont davantage dans des troubles "anti-sociaux", à casser, tagger des murs... 
    Les filles sont davantage dans des troubles centrés sur les conduites de leur corps. Mais il s'agit là d'un rapport statistique. Après, il y a bien sûr des garçons qui ont des conduites centrées sur le corps et des filles qui font des actes anti-sociaux.
    Mais il y a autant de filles que de garçons qui vont mal.


    C'est également vrai pour les suicides ?
    Ceux qui font des tentatives de suicide sont dans les 15 %, ils sont donc à la rupture. Ils ont souvent déjà fait des fugues, connu des ivresses répétées, ont donc des comportements de cassure. Mais cela ne leur suffit pas pour se sentir exister et ils vont passer à l'acte de façon suicidaire. Les garçons privilégiant les conduites très meurtrières comme la pendaison et l'arme à feu. Sur les 600 à 800 jeunes qui décèdent chaque année par suicide, il y a 3 garçons pour une fille ; ce sont donc beaucoup plus les garçons qui meurent parce qu'ils utilisent des méthodes très violentes. Sur les 40 000 tentatives de suicide de jeunes chaque année, il y a 30 000 filles.


    On meurt donc davantage quand on est un garçon...
    Oui, parce qu'on fait des "conneries" violentes. Que ce soit par suicide ou par accident de la circulation, le rapport est identique : dans les morts sur les deux roues, on trouve également trois garçons pour une fille. Les garçons prennent plus de risques et les filles, elles, sont plus nombreuses à faire des fugues, des tentatives de suicide, des troubles alimentaires, etc.


    Les filles lancent plus de signaux d'alarme ?
    Elles ne sont pas moins décidées que les garçons ; simplement, leurs représentations ne sont pas les mêmes. Ce n'est pas une histoire de motivation. SI je dis à une femme que quand on se tire une balle dans la tête, on met plein de cervelle sur les murs, cela va la dégoûter... Si je le dis à un garçon, il va trouver que c'est pas mal d'exploser à la face du monde le fait qu'on est malheureux. C'est plus au niveau des représentations de la violence que cela se joue. Pour le reste, non, les filles ne sont pas moins décidées.

    Origine de cet article: www.curiosphere.tv - 2008 ??





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